— A la bonne heure, dit-elle. Vous devenez raisonnable. Je dois, moi aussi, devenir sérieuse. Écoutez-moi donc. Kedsty est allé cet après-midi à Vanloo. A son retour, cet homme ponctuel passera à la caserne pour voir si tout est en ordre. La petite agitation qu’il y trouvera lui fera froncer ses terribles sourcils et serrer les poings. Et s’il ne reste pas là-bas pour surveiller la manœuvre, il viendra ici pour me dire des choses désagréables. Il sait bien, lui, qu’il me trouvera ici. Pendant que nous causerons, vous vous tiendrez bien tranquillement dans l’endroit que je vais vous indiquer, sous ce toit, parfaitement… On nous préviendra de son arrivée. Ne vous inquiétez pas, on veille sur nous, tout est prévu. « Doigts-Sales » est un homme précieux. Il a été un certain moment désorienté lorsqu’il a su que Kedsty changeait la date de votre départ pour Edmonton. Mais mon idée ne lui a point paru trop mauvaise. Vous avouerez qu’il ne viendra à personne la pensée de vous chercher dans la demeure de l’inspecteur de police.

— Je crois qu’il est préférable de fuir cette nuit, Marette.

— Non, dans cinq jours. Tout sera prêt, nous n’aurons même plus besoin des gens de « Doigts-Sales ». Vous partirez en toute tranquillité.

— Et vous ?

— Moi, je resterai, dit-elle avec un brusque mouvement de tête.

Et elle ajouta d’un ton glacial :

— Je resterai, parce que je dois rester.

— Comment ! Vous vous exposeriez à sa colère !

— Je ne crois pas qu’il me fasse de mal. Non, je ne crois pas ; car il y passerait lui-même avant. Je regrette de l’avoir dit. Mais vous ne devez pas me questionner.

— Vous vous imaginez donc que je partirai seul ! Mais votre affaire est mon affaire. Gardez votre secret, soit. Mais je l’empêcherai bien de vous maltraiter. Jamais je ne partirai seul. Ah ! non, certes, jamais… Il est encore temps de fuir, Marette, c’est le plus sage. Fuyons. Si Kedsty vous a offensé, comme je crois comprendre, et si vous voulez m’en dire plus tard les raisons, je le retrouverai. Il payera ce qu’il vous doit, je m’en charge. Mais maintenant, prenons le fleuve, tout de suite. Allons, venez.