— Serrez-moi les mains, s’il vous plaît, et dites-moi que vous êtes content. Vous paraissez tout abasourdi. Préféreriez-vous être encore dans votre cellule ?

— Je ne vous comprends toujours pas, Marette ? Où est Kedsty ?

— Il doit revenir bientôt.

— Et naturellement il sait que vous êtes ici ?

— Il y a un mois que j’y suis. Cela ne vous paraît pas très clair. Je vous ai bien dit que je vous mènerais de surprise en surprise. Tenez, vous m’amusez prodigieusement avec votre tête d’ours qui aurait fait un mauvais plongeon. Voyons, mon cher, est-ce que je vous parlerais ainsi si le moindre danger vous menaçait en ce moment ? Quant à Kedsty…

— Lorsqu’il apprendra ce qui s’est passé à la caserne, il entrera dans une colère folle. Que deviendrez-vous alors ? On ne va pas tarder à le prévenir. Peut-être sait-il déjà que je me suis enfui grâce à vous ?

— Et alors ? Et alors ? Continuez vos questions, elles me prouvent que vous me prenez pour une tête de linotte. Vous êtes inquiet ? Tant mieux. Vous m’amusez, vous dis-je. Il faut bien que je me paye moi-même de ma petite course, car vous ne m’avez pas dit « merci ». Je vous tends les mains, et vous me regardez sans bouger avec des yeux grands comme des assiettes. Non, vous êtes trop drôle avec vos cheveux collés aux tempes ! Je vais vous donner de quoi vous changer. Auparavant, vous ne voudriez pas encore un peu me faire rire ? J’en ai eu si peu l’occasion depuis un mois… C’est vous, le Kent qu’on m’a dit être si amateur de bonnes farces ?… Que faut-il donc pour vous dérider ?

Elle lui dit encore d’autres extravagances. Après la suite d’émotions violentes qu’elle venait de subir, son ton excité était visiblement commandé par un besoin de réaction. Ses yeux brillant de malice, l’animation de son teint, la vivacité de ses gestes, toute son ardeur juvénile rassurèrent Kent et lui communiquèrent bientôt une ardeur semblable.

— Je danserais avec vous si j’entendais les violons, mais c’est que je ne les entends pas encore. Si au moins vous me donniez la mesure. Vous bondissez comme une sylphide, Marette, et je ne me sens qu’un pauvre lourdaud de rescapé.

Il lui prit les mains qu’elle lui tendait de nouveau et les serra avec force.