Une porte claqua. Kent n’entendit plus qu’un bruit confus de voix.

Il éprouva sur le moment une angoisse pareille à celle qu’il avait ressentie lorsque Marette alla avec Pelly prendre dans le bureau du détachement la clef de la cellule. Il en était comme paralysé. Mais les circonstances n’étaient plus les mêmes. Il avait à présent sa liberté d’action, il pouvait se précipiter au secours de Marette. Il entr’ouvrit la porte afin de mieux entendre les voix. Au premier cri de Marette, il serait en bas. Il souhaita presque d’entendre ce cri. Les choses prendraient une franche tournure. En vingt secondes, il tiendrait Kedsty au bout de son arme.

Peu à peu il se raisonna. Kedsty n’était pas homme à frapper une femme. Alors seulement il s’étonna du ton de voix avec lequel elle l’avait supplié de ne pas se montrer. Supplié, c’est le mot qu’elle avait employé avec une physionomie soudain craintive après s’être montrée si autoritaire. Elle craignait donc Kedsty ? Qui était-elle pour Kedsty ? Pourquoi se cachait-elle sous son toit ? Elle craignait Kedsty, car ses lèvres avaient une singulière contraction quand elle dit : « Ne vous montrez pas ». Et Kedsty prouvait, par sa conduite précédente, qu’il redoutait Marette. Que s’était-il donc passé entre eux ?

Les éclats de voix devinrent plus violents. Si Kedsty voulait emmener Marette à la caserne !… Elle n’avait pas prévu cette éventualité, fort plausible pourtant. Il était prêt à bondir dans l’escalier. La voix seule de Kedsty continua à bourdonner.

A se tenir immobile, le corps raidi, il ressentit une fatigue douloureuse. Il s’assit. Le discret parfum de poudre de lilas lui fit revoir Marette le jour où elle vint le visiter à l’infirmerie de Cardigan…

Il n’avait encore porté aucune attention à la pièce dans laquelle il se trouvait. Il savait que cette chambre avait été celle de Kedsty, mais plus aucune trace n’en restait. Elle était pleine d’objets de toilette dont le nombre et la variété l’étonnèrent.

Il aurait pu se croire dans le boudoir de la fille du gouverneur général, mais non certes dans une cabane d’Athabasca Landing. Sur le parquet, contre la table de toilette, était posée toute une rangée de chaussures, de ravissantes merveilles, toutes montées sur hauts talons : des bottines à boutons et à lacets, jaunes, noires, blanches, de délicieuses petites pantoufles blanches en chevreau, d’autres en étoffe, ornées de jolis rubans et de boucles dorées.

Il ne put s’empêcher de prendre dans ses mains un minuscule soulier en satin, dont la pointure le fit sourire. Ce luxe de chaussures n’était rien à côté de la profusion d’étoffes légères, parées de dentelles fines comme de la toile d’araignée et de broderies précieuses.

— Qui était Marette Radisson ?

L’étalage qu’il avait sous les yeux dénonçait le caractère fantasque d’une fille désœuvrée, folle de fanfreluches, susceptible d’enthousiasmes courts et futiles. Ce n’était pas le caractère de Marette. Alors que penser ?