Ce premier redressement de taille instinctif sous l’équipement, et qui est comme le premier élan du départ, ne fit qu’accentuer son malaise. De nouveau, il se dit qu’on allait l’accuser d’un meurtre. Mais l’infamie de son chef méritait ce châtiment. Sa conscience ne lui reprochait rien. Dès lors qu’importait le jugement des hommes ? Ne fallait-il pas lutter pour Marette, qui lui appartenait, qui était son bien le plus précieux ? Elle lui dirait son secret, qui ne pouvait être que très noble. Tout s’éclaircirait.
Avec une vive impatience il alla heurter à la porte de Marette.
— Pas encore, dit la chère voix.
Ce fut plus de dix minutes, peut-être un quart d’heure, qu’il dut attendre. Il était occupé à refaire son paquetage, préparé avec trop de hâte, lorsqu’elle l’appela.
Elle lui ouvrit, recula de deux pas pour le laisser entrer, et il la vit, sous la lumière de leurs deux lampes, dans un gracieux costume de velours bleu à côtes, dont la jaquette la moulait étroitement et dont la jupe lui descendait seulement un peu au-dessous des genoux.
Elle avait ramassé ses cheveux sous une ample toque de loutre, et ses jambes fines étaient prises dans de hautes bottines en peau de caribou. Dans ce costume elle paraissait à la fois plus fragile et plus vigoureuse. Ses yeux brillaient d’une animation qui colorait vivement ses joues. Kent la regarda un instant, et lui dit sa satisfaction par un bref mouvement de tête auquel elle répondit par un raidissement du corps.
— Voilà, à la grâce de Dieu, dit-elle en ramassant à ses pieds un petit paquet dont Kent s’empara aussitôt.
Il recommençait de pleuvoir. Un vent violent et le lointain roulement du tonnerre à l’ouest indiquaient qu’un nouvel orage ne tarderait pas à passer sur la forêt.
— Attendez-moi, Kent, je suis tout de suite à vous, fit Marette sur la porte du corridor.
Et presque aussitôt elle ajouta d’une voix basse, humble, mais insistante :