Il y avait de quoi, d’ailleurs !
Le visiteur en question, un autre grizzly, s’était mis tranquillement à manger un des poissons pêchés par Tyr.
Il n’y a pas de pire insulte ou de défi plus mortel au pays des ours. Muskwa lui-même s’en rendit compte et jeta un regard interrogateur à Tyr.
Il allait y avoir un autre combat et il se léchait férocement les babines d’avance.
Tyr sortit lentement de la mare et, une fois sur la rive, il s’arrêta de nouveau.
Les deux grizzlys se regardèrent. Ni l’un ni l’autre ne gronda ; Muskwa ne perçut chez Tyr aucun signe de colère et, à son grand étonnement, son protecteur se mit à manger paisiblement à quelques pas de l’autre.
L’homme et peut-être la plus belle des créations divines, mais, en matière de respect pour la vieillesse, il n’est certainement pas supérieur aux ours grizzlys.
Les grizzlys ne volent pas leurs vieux congénères, ils ne les maltraitent pas quand ils s’approchent des proies abattues par eux. Peut-on en dire autant des hommes ?
Et le visiteur était un vieil ours. De plus, c’était un ours malade.
Sa taille égalait celle de Tyr, mais il était si vieux que sa tête et son cou paraissaient ridiculement maigres.