Les Indiens l’appellent Kuyas Wapusk… l’ours qui va mourir de vieillesse. Ils respectent sa vie.

Les blancs, eux, le tuent !

Ce vieil ours mourait de faim.

Il n’avait plus de griffes. Son poil était terne. Il était pelé par places, et il n’avait plus pour mâcher que ses gencives enflammées.

S’il vivait jusqu’à l’automne, il hivernerait pour la dernière fois. Il mourrait dans sa tanière.

Peut-être la mort viendrait-elle plus tôt. En ce cas, Kuyas Wapusk le saurait à temps.

Il se traînerait pour rendre le dernier soupir jusqu’à quelque grotte secrète, quelque crevasse dissimulée au fond des rochers.

A la connaissance de Bruce et de Langdon, jamais chasseur n’avait découvert, dans toutes les Montagnes Rocheuses, le cadavre d’un grizzly mort de mort naturelle.

Et le grand Tyr, pourchassé par l’homme et déchiré de blessures, semblait comprendre que ce serait sur terre le dernier festin de Kuyas Wapusk, trop vieux pour pêcher, trop vieux pour chasser, trop vieux même pour déterrer les bulbes tendres des lis sauvages.

Aussi le laissa-t-il manger tout son saoul et se remit-il en route, avec Muskwa derrière.