CHAPITRE XIII
LES AMOURS DE TYR
Pendant plus de deux heures, Tyr continua d’entraîner Muskwa dans la direction du Nord.
Ils avaient parcouru une bonne trentaine de milles depuis qu’ils avaient quitté le sentier des chèvres, et ces trente milles avaient été pour le petit ourson comme un voyage autour du monde.
Normalement, il n’eût jamais parcouru pareille distance avant la fin de sa seconde année et peut-être même de sa troisième.
Pas une seule fois, au cours de cette randonnée, Tyr n’avait perdu son temps à longer les contreforts aux flancs de la montagne. Il avait suivi rigoureusement le cours rapide des ruisseaux.
A trois ou quatre milles en aval de la mare où ils avaient quitté le vieil ours, Tyr changea brusquement de tactique et piqua en plein dans l’Ouest.
Quelques instants plus tard, ils gravissaient à nouveau les premières pentes d’une montagne.
Heureusement pour Muskwa, de nouveau épuisé, ils ne tardèrent pas à s’engager dans un col au sol presque uni, qui les amena sans effort sur les pentes d’une autre vallée.
C’était la vallée dans laquelle Tyr avait tué l’ours noir dont la carcasse pourrissait à vingt milles plus au Sud.
Dès l’instant où Tyr eut contemplé les frontières septentrionales de son domaine, un changement se produisit en lui, changement dont Muskwa eût rendu grâces au ciel, s’il avait su parler…