Bruce rompit d’un brusque coup de coude la contemplation de Langdon.
— J’ai vu la tête d’un caribou… dans une échancrure de rocher à environ un mille et demi ! annonça-t-il sans quitter l’oculaire de sa longue-vue.
— Et moi j’aperçois une chèvre et ses chevreaux sur l’éboulis de la première montagne à droite, répliqua Langdon… et… par George !… Voilà-t’y-pas un bouquetin qui la considère tendrement du haut d’un piton de grès rouge ! Il a une barbiche aussi belle que celle de ce brave Oncle Sam !… Bruce, sans blague, c’est un Paradis que nous avons découvert là.
— Ça m’en a l’air, accorda Bruce en repliant ses longues jambes pour mieux appuyer sa lorgnette. Si y a pas de l’ours par ici… je veux bien qu’on me coupe la main…
Pendant cinq minutes, ils se turent. Derrière eux leurs chevaux broutaient, tout en s’ébrouant, l’herbe épaisse.
La musique de l’eau les berçait et la vallée semblait dormir sous un océan de lumière… sommeiller plutôt. Elle était pareille à un grand chat paisible qui se fût chauffé au soleil, et qui ronronnait doucement.
Langdon continuait à observer le bouquetin en sentinelle lorsque Bruce parla de nouveau :
— J’aperçois un grizzly, mon vieux, et un fameux, annonça-t-il sans se départir de son calme.
Langdon se dressa en sursaut.
— Où ça ? demanda-t-il, alerte.