Il se laissa choir, en parlant, se cala le dos à un roc, et braqua une longue-vue de cuivre, relique de la guerre civile, en l’appuyant sur ses genoux.

Langdon décrocha de sa selle une jumelle prismatique achetée très cher à Paris.

Ensemble, épaule contre épaule, bien acagnardés, ils se mirent à étudier les pentes boisées et les vertes déclivités de la montagne devant eux.

Ils étaient sur le territoire du gros gibier, dans le pays que Langdon appelait « l’inconnu » et qu’à son avis aucun blanc n’avait dû fouler avant eux.

C’était une contrée tourmentée où chaque vallée s’encaissait entre des chaînes prodigieuses. Il leur avait fallu vingt jours d’ascensions, de marches forcées, pour parcourir cent milles à peine.

L’après-midi même ils avaient franchi la passe du Divide, qui fend le ciel d’Est en Ouest, et ils contemplaient maintenant les pentes et les pics prestigieux de la chaîne du Firepan.

Ils avaient quitté le 10 mai les avant-postes extrême-Nord de la civilisation et l’on était au 30 juin. Depuis un mois, les traces de l’homme se raréfiaient de plus en plus. Ils avaient enfin réussi à atteindre un territoire vierge ! Jamais chasseur ni prospecteur n’avait foulé cette vallée.

Elle s’étendait, mystérieuse et prometteuse, devant eux.

Langdon, au moment de percer cette énigme et de soulever le coin du voile, sentait en lui naître une joie profonde et rare que seuls comprendront ceux qui purent, faunes indiscrets, surprendre nue la nature encore inviolée !

Pour son ami et camarade, le bon guide Bruce, avec lequel il s’était enfoncé déjà cinq fois dans les déserts du Nord, toutes les vallées, toutes les montagnes étaient à peu près analogues. Il était né au milieu d’elles, y avait vécu, y mourrait.