Tyr s’était rué sur ses assaillants. D’un brusque revers de sa patte droite, il en rassembla pêle-mêle sous lui, broyant une échine d’un coup de mâchoire, arrachant une tête de ses griffes aiguës ; il mit la panique chez ses ennemis qui, mal ressaisis encore, s’arrêtèrent, non sans qu’un troisième eût été lancé au fond de l’abîme, dans le précipice.

Tout s’était passé en trente secondes.

Les airdales de Langdon étaient courageux. Ils descendaient tous d’une race batailleuse. Bruce et Metoosin les avaient dressés au point qu’ils pouvaient se laisser suspendre par les deux oreilles sans pousser un cri.

La destinée tragique de leurs trois congénères ne les effraya pas plus que leur poursuite n’avait effrayé Tyr.

Rapides comme l’éclair, les neuf survivants avaient encerclé Tyr.

Appuyés sur leurs pattes de devant, ils étaient prêts à bondir de côté ou en arrière pour éviter une brusque attaque et ils donnaient maintenant ensemble ce jappement rapide et féroce qui avertit le chasseur que le gibier fait tête.

Ils avaient pour mission de harasser et de tourmenter, de retarder la fuite, de forcer la proie à s’arrêter jusqu’à l’arrivée des maîtres.

La lutte est loyale et honorable entre les chiens et l’ours, mais l’homme qui vient y mettre fin avec son fusil est un assassin.

Si les chiens connaissaient leur affaire, Tyr n’ignorait pas la sienne.

Après trois ou quatre tentatives vaines au cours desquelles les chiens l’évitèrent, grâce à leur vitesse supérieure, il battit lentement en retraite vers le grand rocher derrière lequel Muskwa s’aplatissait, et, comme il reculait, les chiens avancèrent.