A l’endroit où le rocher formait bastion, la piste n’avait que cinq pieds de large et Tyr avait tenu compte de ce fait aussi bien que de la distance.

Les chiens, qui se bousculaient pour sauver leur vie, ne pouvaient y passer de front.

Il attrapa le dernier d’entre eux. Il le broya sous sa patte et, tandis qu’il le déchirait, l’airdale émit des cris perçants d’agonie, qui atteignirent les oreilles de Bruce et de Langdon.

Les deux chasseurs, essoufflés, haletants, se hâtaient de gravir la pente à la sortie de la courbe.

Tyr s’était laissé choir sur le ventre au milieu de la piste rétrécie et, tandis que les chiens ralliés recommençaient à donner de la voix, il continua de déchirer sa victime, éparpillant sur le roc les entrailles et les viscères.

Il se remit alors sur pattes et chercha de nouveau Muskwa. L’ourson s’était recroquevillé en boule frissonnante au fond de la crevasse, profonde de deux pieds.

Tyr s’imagina certainement qu’il avait continué de gravir la montagne, car il se dépêcha cette fois de quitter le champ de bataille. Bruce et Langdon transpiraient fort et le vent lui avait porté leur odeur âcre, détestée.

Pendant dix minutes, Tyr n’eut cure des huit chiens qui jappaient à ses talons. C’est à peine s’il s’arrêta de temps en temps en balançant la tête.

A mesure qu’il battait en retraite, les airdales s’enhardissaient. Finalement, l’un d’eux bondit, en avant des autres et planta ses crocs dans la jambe du grizzly.

Cette audace faillit lui être fatale.