Avec un nouveau rugissement, Tyr fit demi-tour et poursuivit la meute sur une cinquantaine de mètres. Il perdit ainsi dix précieuses minutes avant de continuer à gravir l’épaulement de la montagne.

Si le vent avait été dans une autre direction, la meute aurait triomphé ; mais chaque fois que Langdon et Bruce gagnaient du terrain, le vent avertissait Tyr en lui apportant l’odeur chaude de leur sueur.

Et le grizzly prenait soin de toujours garder le vent en poupe.

Il eût pu gagner le sommet de la montagne plus rapidement et plus facilement, mais le vent n’eût plus été en sa faveur et il ne voulut pas s’y risquer.

Tant qu’il tenait le vent, il n’avait rien à craindre, à moins que les chasseurs ne cherchassent à déjouer sa méthode échappatoire en faisant un détour et en lui coupant la route.

Il lui fallut une demi-heure pour gagner les dernières crêtes rocheuses. A partir de là, il lui faudrait parcourir deux cents mètres en terrain découvert, pour gagner l’épine dorsale de la montagne.

Lorsque Tyr quitta brusquement l’abri protecteur de rochers, il déploya une telle vitesse que les chiens perdirent du coup une cinquantaine de mètres sur lui.

Pendant deux ou trois minutes, il se détacha nettement sur le fond de la montagne et, pendant la dernière d’entre elles, il se profila merveilleusement sur un tapis immaculé de neige blanche sans un buisson, sans un rocher pour le cacher aux yeux des chasseurs.

Bruce et Langdon le virent à cinq cents mètres et ouvrirent le feu.

Juste au-dessus de sa tête, Tyr entendit la plainte déchirante de la première balle et, l’instant d’après, lui parvenait le claquement de la carabine. Un second projectile fit jaillir un jet de neige à cinq mètres devant lui et il eut un brusque écart à droite. Il présentait ainsi le flanc aux tireurs.