Puis, pendant deux ou trois minutes, ils étudièrent à l’œil nu la pente, où l’ours chassait le loir, et ses approches immédiates.

— Nous pourrions nous glisser peut-être par le ravin, suggéra Jim.

Bruce approuva.

— Oui, ça vaut mieux ; on l’approchera à trois cents mètres avant qu’il ait pu nous flairer… Il nous sentirait, y a des chances, si nous montions juste derrière lui.

— On l’aura sûrement.

— Peut-être bien !

Ils s’engagèrent, sans se cacher, dans des prairies d’herbes vivaces. Tant qu’ils ne seraient pas à moins d’un demi-mille du grizzly, celui-ci ne pouvait les voir. Le vent avait changé d’ailleurs et leur soufflait dans la figure.

Leur marche rapide devint bientôt une espèce de pas gymnastique et ils se mirent à côtoyer le bas de la pente, de telle sorte que, pendant un petit quart d’heure, un boqueteau leur cacha l’ours.

Dix minutes plus tard, ils étaient à l’entrée même du ravin : une crevasse, une rigole creusée dans la montagne par le passage d’une cascade printanière, tarie après la fonte des neiges.

Bruce souffla en un chuchotement :