— C’est toi qui vas monter, Jimmy… Cet ours ne peut faire que deux choses, trois au maximum si tu le rates ou que tu le blesses légèrement : ou bien il te cherchera noise… ou bien il filera par le col… ou bien il dévalera la pente pour se trotter par la vallée.

Nous ne pouvons pas l’empêcher de se défiler par le col.

S’il t’attaque, tu n’as qu’à te laisser dégringoler par la ravine. Tu iras toujours plus vite que lui. Mais j’ai une vague intuition qu’il se défilera par ici si tu ne l’as pas du premier coup ! C’est pourquoi je m’en vais l’attendre… Bonne chance, vieux Jim, et au revoir !

Sur ce, il alla s’embusquer derrière un rocher, point duquel il pouvait surveiller notre ours.

Et Langdon, s’agrippant des mains et des pieds aux aspérités, s’aidant des coudes et des genoux, commença son ascension.

CHAPITRE III
TYR

De toutes les créatures vivantes en cette vallée endormie, Tyr était le plus occupé. S’il dormait d’octobre à avril, tout l’hiver, sans interruption, et si, d’avril en mai encore, il se permettait fréquemment de faire la sieste en se chauffant au grand soleil, sur un rocher, il déployait sans fermer l’œil, plus de quatre heures sur vingt-quatre, une activité formidable.

Il était fort occupé lorsque Jim Langdon commença son ascension de la ravine.

Il venait juste de réussir à capturer son loir, vieux mâle à la bedaine d’échevin dont il n’avait fait qu’une bouchée, et terminait sa collation en avalant quelques limaces et en happant avec sa langue des fourmis rouges au goût de poivre qu’il capturait en retournant de grosses pierres avec ses pattes.

Quatre-vingt-dix pour cent des ours sont gauchers. Tyr était droitier. Il en tirait un avantage dans la lutte, la pêche et la chasse, car la patte droite d’un grizzly est bien plus longue que la gauche, tellement plus longue même qu’il serait réduit à voyager en cercles s’il perdait son sixième sens infaillible de l’orientation.