Avec ses jumelles il découvrit des kilomètres de territoire vierge.
A peine à un demi-mille paissait une horde de caribous. Il surprit la réverbération du soleil sur les ailes de mainte perdrix.
Mentalement, il se demanda combien il y avait de vallées semblables dans ces vastes étendues des Rocheuses canadiennes qui s’étendaient sur trois cents milles de la mer à la prairie, et sur cent milles du Nord au Sud.
Il devait y en avoir des centaines et des milliers de ces vallées, chacune un monde complet en soi avec sa vie propre, ses lacs, ses ruisseaux, ses forêts, ses pics et ses tragédies.
Dans cette vallée qu’il contemplait, c’était le même doux murmure, le même chaud soleil que dans les autres vallées, et, cependant, la vie y était différente !
D’autres ours hantaient les pentes qu’il voyait vaguement à l’œil nu là-bas à l’Ouest et au Nord.
C’était un nouveau domaine avec d’autres promesses et un autre mystère. Et il oubliait le temps et la faim dans sa contemplation ravie.
Il lui semblait que ces centaines ou milliers de vallées ne vieilliraient jamais pour lui, qu’il pourrait passer son temps à errer de l’une à l’autre et que chacune possédait un charme propre, des secrets à découvrir.
Elles lui seraient toujours aussi énigmatiques que la vie elle-même, cachant leur trésor, ronronnant du même ronron à travers les siècles, donnant naissance à des multitudes d’êtres vivants, exigeant en retour le sacrifice de multitudes de vies.
Que de volumes cette vallée emplirait si elle pouvait conter ses aventures !