Tout d’abord, elle chuchoterait la création du monde. Elle dirait l’histoire des océans déchirés et rejetés ; elle parlerait de cette étrange époque où la nuit n’existait pas, où des monstres bizarres et formidables erraient à l’endroit où il voyait paître les caribous, où d’énormes reptiles ailés volaient aussi haut que ces aigles.
Et puis elle parlerait du bouleversement de ces heures terribles où la terre avait oscillé sur son axe, où la nuit était venue, où un monde tropical s’était changé en désert glacé, où des espèces nouvelles étaient nées pour emplir cette solitude.
L’apparition du premier mammouth, du mastodonte et des bêtes monstrueuses qui leur tenaient compagnie n’avait dû avoir lieu que beaucoup plus tard. Celle aussi du premier ours des cavernes, l’ancêtre de ce grizzly que Langdon se remettrait à chasser demain.
L’écrivain était tellement absorbé par ses pensées qu’il n’entendit point de bruit derrière lui.
Et puis quelque chose le fit tressaillir.
Ce fut comme si l’un des monstres qu’il se représentait par l’imagination avait soudain bâillé auprès de lui.
Il se tourna lentement, et, l’instant d’après, son cœur cessa de battre et son sang se gela dans ses veines.
Lui barrant la route, à moins de quinze pieds, la mâchoire ouverte, la tête agitée du balancement significatif, Tyr, le roi de la montagne, considérait son ennemi pris au piège.
Langdon étreignit involontairement sa carabine fracassée et comprit qu’il était perdu.