Longtemps Langdon demeura perplexe. Ses sens pouvaient l’abuser. Impossible que ce fût l’aboiement des chiens. Bruce et Metoosin devaient se trouver encore loin dans le Sud, avec la meute ; Metoosin, tout au moins, car Bruce pouvait être en train de revenir au camp.
Très vite, le son se fit plus distinct, et Langdon fut assuré qu’il ne se trompait pas. Les chiens remontaient la vallée. Pour quelle raison Bruce et Metoosin étaient-ils revenus vers le Nord au lieu de poursuivre leur route au Sud ?
La meute donnait de la voix. Les aboiements forcenés, endiablés, disaient qu’elle était de nouveau sur la piste fraîche. Un frémissement parcourut Langdon. Bruce n’avait pu lancer les chiens que sur les traces du grand grizzly.
Langdon prêta encore un instant l’oreille. Puis il courut au camp, attacha Muskwa à son arbre, prit un fusil et ressella son cheval. Cinq minutes plus tard, il galopait dans la direction des montagnes où, peu avant, Tyr lui avait accordé la vie.
CHAPITRE XIX
LE DERNIER COMBAT
Tyr entendit les chiens aboyer à un mille de distance. Deux raisons faisaient qu’il n’était plus d’humeur à s’enfuir devant eux comme quelques jours auparavant. Les chiens, il s’en moquait comme d’autant de blaireaux ou d’une bande de loirs siffleurs qui lui eût donné la sérénade.
Ces bêtes-là, c’était plus fort de la gueule que des crocs. On les tuait comme des puces. Il ne se souciait guère davantage du bipède qui marchait derrière eux. Depuis qu’il s’était trouvé face à face avec l’un d’eux, il en méprisait la faiblesse.
D’autre part, Tyr était pour le moment à la recherche d’Iskwao, son ourse, et l’homme n’est pas le seul animal qui risque sa vie par amour. Après avoir tué son dernier chien au crépuscule de ce jour fatal où il avait été si rudement poursuivi à travers la montagne, Tyr avait agi contrairement à toutes les prévisions de Bruce.
Au lieu de continuer sa marche vers le Sud, il avait fait un long détour vers le Nord et, la troisième nuit après le combat et la perte de Muskwa, il avait retrouvé Iskwao. C’était à la brune de ce soir-là que Pipoonaskoos était mort et que Tyr avait entendu tonner le pistolet automatique du guide. Il avait cependant passé auprès d’Iskwao toute la nuit et tout le jour suivant, après quoi il s’était de nouveau séparé de sa compagne.
C’était en la cherchant une troisième fois qu’il avait rencontré Langdon, qu’il avait acculé sur la corniche, et il n’avait pas encore retrouvé les senteurs d’Iskwao quand les aboiements des chiens lancés sur sa piste étaient parvenus jusqu’à lui.