Il voyageait dans la direction du Sud, ce qui le ramenait vers le camp des chasseurs. Il se maintenait sur les hautes pentes coupées d’échancrures et de petites prairies interrompues par de profondes coulées schisteuses ou, par endroits, de sauvages entassements de rocs. Et il se tenait strictement sous le vent pour être sûr de ne pas laisser échapper les effluves d’Iskwao dès qu’il approcherait d’elle.

En sorte qu’entendant les abois des chiens, il ne distinguait aucunement leurs effluves, pas plus que celles des deux hommes qui les suivaient à cheval. En tout autre temps, il eût employé sa tactique habituelle qui consistait à manœuvrer de façon à avoir le vent pour lui.

Mais, dans son désir de retrouver sa compagne, il ne se souciait plus de ses coutumières mesures de prudence. Les chiens n’étaient plus qu’à un quart de mille quand il s’arrêta soudain, renifla l’air pendant un instant, puis poussa vivement en avant jusqu’à une étroite ravine de laquelle Iskwao débouchait.

Iskwao s’arrêta un instant, flaira le nez de son époux et reprit sa course ascensionnelle, les oreilles couchées, l’air revêche, la gorge toute grondante de menaces. Tyr la suivit, grondant plus fort encore. Il avait compris que sa compagne fuyait devant les chiens et voici qu’une rage mortelle l’envahissait peu à peu à mesure qu’il escaladait derrière elle le flanc de la montagne.

Au bout d’une heure d’ascension, Tyr était dans les pires dispositions. C’était un rude combattant d’habitude. Et les chiens l’avaient bien compris quand ils le poursuivaient la semaine précédente ; mais, quand le péril menaçait sa compagne, il devenait un démon effroyable et sans pitié.

Il se laissa progressivement distancer par Iskwao et, à deux reprises, il se retourna. Ses crocs étincelaient sous ses babines retroussées et ses rugissements de défi roulaient comme un grondement de tonnerre vers la meute de ses ennemis.

Quand il sortit de la coulée, il se trouva dans l’ombre du pic. Iskwao avait disparu.

Elle s’était réfugiée au milieu d’un chaos de rochers éboulés et de débris sablonneux de grès désagrégé. La crête n’était plus qu’à quelque trois cents mètres au-dessus de lui. Il examina la situation : Iskwao était à l’abri des roches et lui-même se trouvait en bonne position de combat.

Les chiens approchaient ; ils étaient parvenus à la fin de la coulée et ils aboyaient à force. Tyr fit volte-face et les attendit de pied ferme.

A un demi-mille au Sud, Langdon l’observait à la jumelle et, presque au même instant, il vit les chiens apparaître au sortir de la coulée. Sur son cheval, il avait à moitié gravi la montagne, puis, mettant pied à terre, il avait poussé plus haut et il se trouvait maintenant sur un sentier de chèvres, à la même altitude que Tyr.