Il n’eut pas à chercher beaucoup pour découvrir Bruce et l’Indien, qui mettaient pied à terre au bas de la coulée.

Il les vit s’y jeter à la hâte et disparaître. Alors Langdon ramena sa jumelle vers Tyr.

Cette fois, les chiens étaient sur lui et le chasseur savait bien que l’ours ne réussirait pas à les tuer en terrain découvert. C’est alors que, jetant un regard dans les amas de rochers qui se trouvaient plus haut que l’ours, il y vit remuer quelque chose. Un cri contenu s’échappa de ses lèvres ; il avait compris, car il voyait Iskwao qui poursuivait sans arrêt son ascension du pic déchiqueté.

Il était clair que ce second individu était la femelle puisque son compagnon, le grizzly géant s’était arrêté pour combattre et couvrir la retraite. Le fauve n’avait aucune chance de se tirer d’affaire si les chiens réussissaient à le retenir pendant quelque dix ou quinze minutes. Alors, Bruce et Metoosin auraient le temps d’arriver sur le lieu du combat et pourraient tirer l’ours à moins de cent yards.

Il rengaina sa jumelle et se mit à courir le long du sentier. Pendant deux cents mètres il avança sans peine, mais vint un moment où le sentier se divisa en une quantité de petites pistes sur une pente de schiste glissant et il lui fallut cinq minutes pour parcourir cinquante mètres. Le terrain se fit encore plus difficile.

Langdon, cependant, continuait à courir en haletant et, pendant cinq autres minutes, une arête de rochers lui cacha Tyr et les chiens. L’arête franchie, il dégringola encore cinquante mètres à pleine course et se trouva définitivement arrêté par un ravin à pic, à quatre cents mètres du lieu où Tyr était campé, le dos aux rochers, tandis que sa tête géante menaçait la meute.

Et, tout en regardant et en s’efforçant de retrouver assez de respiration pour pouvoir héler, Langdon croyait à tout instant voir Bruce et Metoosin jaillir de la coulée. Il lui apparut alors que, même s’il parvenait à se faire entendre d’eux, il lui serait impossible de se faire comprendre.

Bruce ne devinerait pas qu’il entendait épargner une bête qu’ils chassaient depuis près de deux semaines.

Tyr avait refoulé les chiens de plus de vingt mètres vers la coulée quand Langdon se laissa vivement tomber derrière un rocher. Il n’y avait désormais qu’un seul moyen de sauver le grizzly, si même il n’était pas trop tard.

La meute avait un peu reculé sur la pente et c’est la meute qu’il visa. Il n’avait en tête qu’une pensée ; c’était un dilemme : ou sacrifier ses chiens, ou laisser périr le grizzly, le jour même que Tyr lui avait accordé la vie ! Aussi fut-ce sans hésitation qu’il pressa la gâchette.