Il tirait à grande distance en sorte que le premier coup ne fit que soulever un nuage de poussière à cinq mètres en avant des airdales. Il tira de nouveau et manqua encore. Au troisième coup, la détonation fut suivie d’un cri aigu de douleur que Langdon ne put entendre, mais l’un des chiens roulait jusqu’au bas de la pente.
Les détonations n’avaient pas ému Tyr, mais, quand il vit l’un de ses ennemis se tordre et dégringoler la montagne, il se tourna lentement, vers l’abri des rochers. Un quatrième et un cinquième coup suivirent, après quoi les chiens s’enfuirent en hurlant vers la coulée. L’un d’eux boitait, atteint à une patte de devant.
Langdon bondit sur le rocher qui lui avait servi de chevalet de tir et ses yeux fouillèrent la crête de la montagne. Iskwao avait atteint le sommet. Elle s’arrêta un instant pour regarder derrière elle, et puis elle disparut.
Maintenant, Tyr était caché parmi le chaos de rochers et les masses de grès désagrégé, sur la piste d’Iskwao. Il n’y avait pas deux minutes qu’il était hors de vue quand Bruce et Metoosin escaladèrent le bord de la coulée et apparurent à bonne portée pour tirer vers la crête. Langdon se mit à héler éperdument, en brandissant ses armes et en leur indiquant la direction du bas.
Bruce et Metoosin furent pris à sa ruse en dépit des abois que les chiens faisaient encore autour des rochers parmi lesquels Tyr avait disparu. Ils se dirent que leur compagnon de chasse était bien placé pour suivre les mouvements de l’ours et qu’il le voyait filer vers la vallée. Ce n’est qu’après avoir descendu quelque cent yards plus bas qu’ils s’arrêtèrent et consultèrent Langdon du regard pour savoir que faire.
De son rocher, Langdon observait la crête que Tyr était justement en train de franchir. L’ours s’arrêta un moment, comme avait fait Iskwao et il jeta un dernier regard sur l’homme. Et, quand Langdon le vit disparaître, il agita son chapeau en criant :
— Bonne chance, vieux camarade, bonne chance !
CHAPITRE XX
ADIEU, MUSKWA
Cette nuit-là, Langdon et Bruce discutèrent leurs nouveaux plans. Quant à Metoosin, il restait assis à l’écart, fumant dans un silence têtu. De temps en temps, il jetait un regard sur Langdon, comme s’il lui eût été impossible d’ajouter foi aux choses qui s’étaient passées dans l’après-midi.
Par la suite, et pour plus d’une lune, il lui arriverait bien souvent de raconter à ses enfants, à ses petits-enfants et à ses amis des tribus qui vivent sous la tente comment il lui était arrivé de chasser avec un blanc qui avait tiré sur ses propres chiens pour sauver la vie à un grizzly.