— Je te dis que je l’ai touché deux fois, Bruce, deux fois au moins, tu m’entends ! Et je n’étais fichtrement pas dans une position favorable !
— Surtout quand il te regardait dans les yeux à trois pieds de toi… Ce qu’il a dû se payer ta tête ! répliqua Bruce, qui s’était fort amusé de la mauvaise chance de son compagnon et ami. Voyons, Jimmy, à cette distance, tu aurais dû l’abattre seulement en lui soufflant dessus !
— Je t’ai déjà dit vingt fois que je portais ma carabine en bandoulière : ah ! bougre d’âne…
— Drôle d’endroit pour mettre son flingot quand on va chasser le grizzly !
— Dame ! la ravine était à pic… Fallait bien que je m’agrippe avec les pieds et les mains pour monter… J’aurais dû me servir des dents si elle avait été plus raide !
Langdon se mit sur son séant, secoua les cendres de sa pipe et la bourra de tabac frais.
— En tout cas, Bruce, ce grizzly-là est la plus fière bête des Rocheuses !
— Il aurait fait un beau tapis dans ton cabinet, mon vieux Jim, si tu n’avais pas eu l’idée de mettre ton flingue en bandoulière.
— Oh ! j’aurai sa peau, sois tranquille, dans mon studio cet hiver, affirma Langdon fermement… J’y suis décidé… dès demain nous nous lancerons sur ses traces… Je passerai l’été ici, s’il le faut, pour avoir son « scalp ». Je le préfère à dix autres ours… Il avait bien neuf pieds dix pouces… Je ne regrette pas, somme toute, de ne l’avoir pas tué du coup. Il est touché et sera méfiant… on aura du mal à l’avoir… mais ça sera un fameux sport.
— Du tintouin il nous en donnera et du fil à retordre aussi… Je ne te souhaite pas de le rencontrer dans le courant de la prochaine semaine, avant que ses plaies ne se cicatrisent à vif ; surtout si tu as ton fusil en bandoulière cette fois encore.