A plusieurs reprises, il entra jusqu’à l’épaule dans l’eau glacée des lacs minuscules échelonnés sur le parcours du ruisseau. Ses blessures cessèrent de saigner, mais la douleur devint plus forte.
Le soleil déclinait déjà lorsque le grizzly atteignit la petite mare de boue glaiseuse qui lui servait de médecin.
Sa mâchoire inférieure pendait. Son énorme tête était lourde. Il avait perdu malgré tout une forte quantité de sang. Il était las et son épaule lui faisait si mal qu’il avait envie de la déchirer à belles dents pour en arracher ce feu étrange.
La petite mare de boue glaiseuse avait trente pieds de diamètre. La glaise y était fraîche et douce ; Tyr y entra jusqu’aux aisselles et se coucha tout doucement sur son pauvre côté blessé.
La glaise calma le lancinement, fit emplâtre sur les plaies à vif et Tyr poussa un long soupir de soulagement et de bien-être.
Pendant longtemps, il demeura dans ce bain moelleux de boue. Le soleil se coucha, l’obscurité vint, les étoiles emplirent le ciel, Tyr frissonna au souvenir du tonnerre employé par l’homme pour lui infliger la douleur.
CHAPITRE IV
LE PLAN DE CHASSE
A la lisière de la futaie, Langdon et Bruce étaient assis la pipe aux lèvres après dîner, les pieds aux tisons rougeoyants d’un feu de camp à demi mort.
L’air du soir fraîchit brusquement et Bruce se leva pour jeter une brassée de branches sèches et de bûches sur les brandons. Puis il étendit de nouveau sa longue carcasse sur la mousse, cala sa tête et ses épaules confortablement contre un tronc, et ricana comme une crécelle pour la cinquante et unième fois :
— Que le diable vous emporte, grommela le romancier, toi et ton rire !