— C’est probable… mais pister ne suffira pas. Il faudra poursuivre surtout… Un grizzly touché n’arrête plus et change de place constamment. Sans quitter son fief, il tâchera de se montrer le moins possible sur les pentes nues, comme hier. Pour bien faire, il faudrait les chiens… Enfin Metoosin arrivera avec la meute d’ici trois jours, et quand les Airdales seront lâchés… je lui promets de l’agrément à ce vieux grizzly des familles !
Langdon visa un point du feu à travers le canon poli de sa carabine nettoyée, et hocha la tête.
— A vrai dire, je me demande si Metoosin pourra nous rejoindre de sitôt ? Nous avons traversé des passes qui s’enchevêtrent bigrement, qui sont tellement accidentées…
— Cet Indien-là suivrait notre piste si nous voyagions sur du roc, déclara Bruce d’un ton confiant. Il sera ici d’ici trois jours, à moins que les chiens n’aient été assez idiots pour s’attaquer à quelque porc-épic en route. Quand ils seront là…
Il se leva et s’étira.
— Quand ils seront là… quelle noce, mes amis ! conclut-il. Je suis certain que ces montagnes sont si pleines d’ours que tes dix chiens seront massacrés en huit jours, reprit-il au bout d’un instant… Veux-tu parier, dis ?… Paries-tu ?
Jim referma et fit claquer le verrou de sa carabine.
— Il n’est qu’un ours auquel je tienne, dit-il dédaignant le pari, et j’ai comme une vague idée que nous l’aurons demain matin.
— Tu as beau être spécialiste de la chasse à l’ours, mon vieux Bruce, je n’en pense pas moins, s’il te plaît, qu’il est trop rudement touché pour se balader tant que ça.
Ils avaient établi deux couches d’aiguilles de sapin moelleuses auprès du feu, et l’écrivain, suivant l’exemple de son guide, y étala ses couvertures.