La journée avait été rude… aussi dormit-il comme un sourd sitôt qu’il se fut étendu.
Il dormait encore, lorsque Bruce s’éveilla en même temps que l’aube.
Le guide enfila ses brodequins, laça ses guêtres et s’en fut, à travers l’herbe lourde de rosée, à la recherche des chevaux.
Lorsqu’il revint, les bottes trempées, une bonne demi-heure après, tirant leurs deux chevaux de selle et cette rosse de « Poêle-à-frire », Langdon avivait seul un bon feu.
Langdon aimait à se rappeler la fameuse chandelle qu’il devait à des matinées analogues. Huit ans plus tôt, les médecins l’avaient condamné sans appel et maintenant, grâce à cette vie, il était robuste comme un roc et jouissait d’une carrure d’athlète.
Les premières roseurs du soleil coloraient les sommets des monts. L’air était chargé de parfums, celui des fleurs, de la rosée et des grands sapins des Rocheuses.
Il avait envie de crier, de chanter et de siffloter, mille fois plus démonstratif que son compagnon, insensible à la joie claire de cette aurore.
Tandis que Bruce sellait les bêtes, Langdon préparait le « bannock » qu’il baptisait de pain de sauvage, faisait frire les « steaks » de mouton et revenir les pommes de terre.
Le soleil montrait son visage à l’Est lorsqu’ils sortirent du camp. Ils traversèrent la vallée à cheval et mirent pied à terre pour gravir la pente trop raide, tirant leurs montures par la bride.
Il ne leur fut pas difficile de découvrir la piste de Tyr. A l’endroit où le grand grizzly s’était arrêté pour rugir s’étalait une grosse goutte de sang. Dès lors, ils n’eurent plus guère qu’à suivre ce chapelet de larmes rouges.