— Sûr qu’il doit être salement touché, répéta Bruce très convaincu, sondant le terrain devant lui… Il se peut qu’il ne soit pas loin. Autant attacher les chevaux et continuer seuls, si tu veux.

Ils attachèrent donc les chevaux au tronc d’un grand sapin propice et soulagèrent « Poêle-à-frire » d’une partie de son chargement.

Puis, l’arme prête, l’œil au guet, ils s’enfoncèrent, précautionneux, dans le silence de la gorge.

CHAPITRE V
MUSKWA

Tyr avait franchi la gorge à l’aube. S’il avait les membres engourdis lorsqu’il sortit de son bain de boue, la douleur qu’il éprouvait à la suite de ses blessures s’était atténuée de moitié. Son épaule lui faisait toujours mal, mais infiniment moins qu’au cours de la soirée précédente. Un malaise général subsistait pourtant. Il était réellement malade et, s’il avait été un homme, il aurait été dans un lit.

Il parcourut lentement la gorge, la tête lourde, les pattes molles. Lui, le chercheur infatigable de nourriture, il ne songeait pas à manger… Il n’avait pas faim, seulement soif. Avec sa langue chaude, il lapait fréquemment l’eau fraîche des ruisselets et, plus fréquemment encore, il se tournait à demi et flairait le vent.

Il savait que l’odeur de l’homme, que l’étrange tonnerre, que cette foudre encore plus inexplicable se trouvaient derrière lui.

Toute la nuit, il était resté sur ses gardes, et il se méfiait encore maintenant…

En créant Tyr, le Grand Esprit avait décrété qu’il serait son propre médecin et que certaines plantes amères constitueraient pour lui une panacée souveraine. Aussi, tout en s’enfonçant dans la gorge, flairait-il, le nez au sol, chaque buisson au passage.

Il atteignit ainsi une petite oasis de verdure au milieu des rocs où poussaient en abondance les kinnikinnics vivaces. Les fruits n’en étaient pas encore rouges, mais amers comme du fiel : ils contenaient un astringent tonique dénommé uva-uva ; Tyr en mangea quelques livres.