Plus loin, il découvrit des baies saponifères déjà plus grosses que des chasselas. Les Indiens les connaissent bien, ces baies, et en mâchent quand ils ont la fièvre. Tyr en absorba avant de continuer. Elles aussi étaient amères.

Poursuivant sa route, il flaira les arbres et trouva enfin celui qu’il cherchait. C’était un pin rouge, un grand pin dont une entaille laissait couler la résine fraîche, le plus efficace de tous les médicaments connus, et Tyr le lécha avec sa langue. Ce faisant, il absorbait non seulement de la térébenthine, mais également toute une pharmacopée indispensable à son état.

Le soleil n’était pas tout à fait levé lorsque Tyr arriva à l’extrémité de la gorge. Il s’arrêta quelques instants devant l’entrée d’une grotte basse qui s’enfonçait profondément dans l’intérieur de la montagne.

Elle n’avait pas plus de quatre pieds de haut et guère plus de huit de large ; mais elle était assez profonde et tapissée de sable blanc.

A une époque lointaine, un petit ruisseau avait jailli de cette caverne, dont le fond constituait une sorte de chambre, un abri très confortable pour un ours qui hiverne lorsque la température dépasse cinquante degrés au-dessous.

Dix ans plus tôt, la mère de Tyr s’était installée dans cette caverne pour y dormir tout l’hiver, et lorsqu’elle en était sortie, quelque peu chancelante sur ses pattes, pour humer l’air vif du printemps, trois oursons gras l’accompagnaient.

Tyr était l’un de ces trois-là.

Il était presque aveugle alors, car un ourson n’y voit que peu avant d’atteindre cinq semaines. Il n’avait pas non plus grand poil, car les grizzlys naissent comme les hommes, à peu près complètement nus. Depuis lors, Tyr avait hiverné huit fois, et considérait cette caverne comme son home.

Il avait grande envie d’y pénétrer maintenant. Il avait envie d’aller se coucher tout au fond et d’y attendre la disparition de son malaise.

Pendant deux ou trois minutes, il hésita, huma l’air tiède à l’entrée de la grotte et puis flaira le vent qui lui venait en poupe.