Dix minutes plus tard, Tyr justifiait, en revenant, ces prévisions optimistes.

Entre ses mâchoires puissantes, il saisit la carcasse du caribou à la base de la nuque, et il se mit à la tirer sous le petit bois, comme un roquet tournerait un énorme gigot.

Le caribou pouvait peser quatre cents livres. S’il en avait pesé huit cents ou même mille, Tyr l’aurait tout de même traîné, mais autrement, à reculons.

Tyr amena donc sa lourde charge jusqu’à l’orée du boqueteau, où il avait su découvrir certain creux de terrain propice. Il l’y poussa et aussitôt entreprit de la recouvrir avec des aiguilles de pins, des branches et de l’écorce pourrie. Après quoi, il flaira le vent et sortit rapidement du bois.

Cette fois Muskwa le suivit.

Il avait une certaine peine à se diriger normalement, grossi qu’il était par son poids additionnel considérable.

Les étoiles commençaient à poindre comme Tyr gravissait une pente accidentée qui conduisait au sommet même de la montagne.

Ils traversèrent un champ de neige et arrivèrent à un endroit où on eût dit qu’un volcan avait éventré la montagne.

Un homme n’aurait guère pu passer là où Tyr conduisit Muskwa. Finalement ils s’arrêtèrent.

Ils se trouvaient sur une sorte d’encorbellement très étroit au pied d’une muraille à pic, au-dessus d’un chaos de rocs.