Jésus, Seigneur… d’après ces gens-là… il suffit à un ours de se dresser de toute sa hauteur le long d’un arbre et d’y laisser sa marque pour devenir seigneur et maître d’alentour, jusqu’au jour où un ours plus grand arrive et mette sa marque plus haut…

Dans un livre je me rappelle même avoir lu qu’un grizzly eut l’idée de rouler un rocher au pied d’un arbre et qu’il monta dessus pour mettre sa marque au-dessus de celle d’un autre grizzly.

Ce qu’il faut lire, tout de même ! Jamais un ours ne fait de marque qui signifie quelque chose. J’ai vu des grizzlys arracher des morceaux d’écorce avec leurs dents et se faire les griffes contre des arbres, tout comme les chats.

Et l’été, quand ça commence à les démanger et qu’ils perdent leur poil, je les ai vus se dresser et se frotter contre les arbres.

Ils se frottent parce que cela les démange et pas du tout pour laisser leur carte de visite à l’intention d’autres ours.

Les caribous et les cerfs font la même chose pour s’ôter la mousse de leurs bois.

Les mêmes types s’imaginent que chaque grizzly a son territoire. C’est encore faux, bigrement faux, même !

J’ai vu huit grizzlys de belle taille sur la même pente… Tu te souviens, il y a deux ans, de la petite vallée grande comme un mouchoir de poche, où nous avons tué deux grizzlys.

De temps en temps, il y a un boss parmi les grizzlys… dans le genre de celui que nous pistons…

Mais il n’est pas le seul ours sur son territoire. Je te parie qu’il y en a vingt autres dans ces deux vallées. Et d’ailleurs, ce naturaliste que j’accompagnai il y a deux ans eût été incapable de différencier les traces d’un grizzly de celles d’un ours noir, et je te jure solennellement qu’il ne savait pas ce que c’est qu’un ours brun !