Ce sont de drôles de bêtes, Jimmy. On peut en dire des tas de choses, sans se rendre ridicule pour ça !

Bruce secoua la cendre de sa pipe pour bien souligner cette dernière affirmation. Tandis qu’il la remplissait de tabac frais, Langdon lui dit :

— Il y a gros à parier que le gaillard que nous poursuivons est un chasseur de gros gibier, Bruce.

— On ne peut jamais savoir, répliqua le guide. J’ai connu un grizzly jadis qui n’était pas beaucoup plus gros qu’un chien… eh bien ! c’était un tueur de gibier.

Des centaines d’animaux meurent gelés dans ces montagnes, chaque hiver, et, lorsque le printemps vient, les ours en mangent les carcasses, mais cela ne les rend pas nécessairement chasseurs.

Parfois, les grizzlys sont nés chasseurs et tueurs de gros gibier. Parfois, ils le deviennent par hasard.

Celui qui a tué une fois continuera à tuer.

Un jour que j’étais sur une pente de montagne, je vis une chèvre se fourrer dans les pattes d’un grizzly. L’ours allait la laisser passer, mais la chèvre eut si peur qu’elle se jeta sur lui à coups de cornes, et il la tua.

Il parut très étonné pendant dix minutes et il passa bien une demi-heure à flairer la carcasse chaude avant de se décider à la déchirer à belles dents.

C’était la première fois, évidemment, qu’il goûtait de la chair fraîche.