Pendant deux minutes, ils demeurèrent étroitement embrassés à rouler sur le sol alternativement dessus ou dessous.

Le noir griffait férocement. Tyr se servait surtout de ses dents et de sa terrible patte droite postérieure.

Il ne cherchait pas à déchirer l’adversaire de ses pattes de devant. Il s’en servait seulement pour le tenir et pour le renverser.

Il luttait pour rester dessous, comme il s’était jeté sous le caribou qu’il avait éventré.

Encore et encore, il enfonçait ses longs crocs dans la chair de l’autre, mais l’ours noir savait, lui aussi, se servir de ses dents et mettait en pièces l’épaule de Tyr. Soudain, leurs mâchoires se rencontrèrent.

Muskwa en entendit le heurt, il entendit le grincement des dents contre les dents, le sinistre craquement d’un os broyé. L’ours noir fut soudain jeté sur le côté comme s’il avait eu le cou brisé et Tyr le prit à la gorge.

L’ours noir combattait toujours cependant. Mais sa gueule ouverte et saignante était impuissante maintenant que Tyr avait refermé la sienne sur sa jugulaire.

Muskwa se dressa. Il frissonnait toujours, mais d’une nouvelle et étrange émotion.

Ce n’était pas là un jeu semblable à ceux auxquels il jouait avec sa mère.

Pour la première fois, il assistait à une bataille. Avec un grondement enfantin, il se précipita dans la mêlée.