A l’heure où Langdon et où Bruce percevaient les premiers aboiements lointains des chiens, le pauvre Muskwa était en proie à un sombre désespoir.
Ce n’était pas une petite affaire que de suivre le grizzly, qui semblait avoir le diable à ses trousses.
Il allait d’une allure rapide, sans ralentir, sans répit. Une heure après avoir quitté le sentier des chèvres, ils parvinrent à la ligne de partage des eaux.
D’une petite élévation au fond de la vallée s’écoulaient deux ruisseaux en sens inverse, l’un vers le Sud, dans la direction du lac Tac, l’autre vers le Nord, jusqu’à la Badine, tributaire de la Skeena.
Le niveau de leur cours s’abaissait très rapidement et, pour la première fois, Muskwa rencontra des marécages.
Ils traversèrent des prairies où l’herbe était si haute et si touffue que Muskwa perdait de vue Tyr et devait se guider sur le bruit étouffé de ses pas.
Le ruisseau s’éloignait et se creusait d’autres lits et par endroits il longeait les bords d’étangs sombres et tranquilles qui semblaient d’une profondeur démesurée.
Ces étangs fournirent à Muskwa des occasions de souffler.
Parfois, Tyr s’arrêtait sur la rive d’un étang et se mettait à flairer. Il était à la recherche de quelque chose qu’il semblait ne jamais trouver, et, chaque fois qu’il se remettait en route, Muskwa se sentait de plus en plus à bout.
Ils étaient à plus de sept milles au nord du point d’où Bruce et Langdon sondaient la vallée, lorsqu’ils atteignirent un lac.