Muskwa, qui n’avait jamais vu que des étendues d’eau ensoleillées, lui trouva l’air sombre et peu sympathique.

La forêt s’érigeait toute proche de sa rive.

Par endroits, il était presque noir.

Des oiseaux bizarres croassaient dans les ruisseaux épais. Une odeur lourde et étrange s’en dégageait, une odeur de quelque chose qui affama Muskwa et lui fit se lécher les babines.

Pendant une ou deux minutes, Tyr, immobile, flaira l’odeur qui emplissait l’air. C’était l’odeur de poisson.

Lentement, le grand grizzly continua d’avancer le long du lac. Il parvint bientôt à l’embouchure d’un ruisselet qui n’avait pas plus de vingt pieds de large, mais qui était sombre, profond et tranquille comme le lac lui-même.

Pendant une centaine de mètres, Tyr suivit, en le remontant, le cours du ruisseau, jusqu’à un endroit où des arbres tombés en travers formaient barrage.

Près de ce barrage, une écume verte couvrait l’eau.

Tyr savait ce qu’il y avait au-dessous de cette écume et il s’engagea silencieusement sur les troncs enchevêtrés. Vers le milieu du ruisseau, il s’arrêta et, avec sa patte droite, écarta doucement l’écume verte.

Les petits yeux brillants de Muskwa l’observaient du rivage. Il se rendait compte que Tyr était en train de pourvoir à leur repas, mais il se demandait avec intérêt et un brin d’anxiété comment il allait s’y prendre pour sortir de quoi manger de l’eau.