Muskwa venait de pénétrer dans un monde nouveau. Les sons familiers étaient abolis ; on n’entendait plus le ronron de l’eau comme dans les vallées supérieures. Il n’y avait plus de marmottes, plus de perdrix, plus de loirs siffleurs, courant de-ci de-là. L’eau du lac s’étalait sans une ride, sombre et profonde, étroitement encerclée par la forêt.
Il n’y avait pas de rochers à franchir, mais des troncs d’arbres pourris… et des enchevêtrements épais de lianes.
L’air était différent aussi. Il était très calme.
Sous leurs pattes parfois s’étendait un merveilleux tapis de mousse veloutée dans lequel Tyr enfonçait presque jusqu’aux aisselles.
Et la forêt était emplie d’ombre mystérieuse et il y régnait l’odeur âcre de la végétation pourrissante.
Tyr ne voyageait pas aussi vite en forêt. Le silence et l’obscurité semblaient réveiller sa prudence. Il avançait sans bruit. Fréquemment il s’arrêtait, regardait autour de lui et écoutait.
Tout bruit nouveau le faisait s’arrêter, la tête basse et les oreilles alertes.
A plusieurs reprises, Muskwa vit de grandes ombres flotter à travers l’obscurité.
C’étaient de grands hibous gris qui devenaient, l’hiver, d’un blanc de neige.
Plus tard, comme la nuit tombait, ils rencontrèrent une créature aux yeux exorbités, à l’aspect féroce, qui s’enfuit à la vue de Tyr. C’était un loup.