Il ne faisait pas encore tout à fait noir lorsque Tyr déboucha silencieusement dans une clairière qui bordait un ruisseau et un petit lac.
L’air était chargé d’une odeur forte. Ce n’était pas l’odeur de poisson et pourtant elle venait du lac, au centre duquel s’élevaient quatre ou cinq masses circulaires qui ressemblaient à des rochers.
Chaque fois qu’il passait par ce bout de vallée, Tyr ne manquait pas de rendre visite à la colonie des castors et parfois il se permettait de croquer un jeune mâle bien gras, en guise de souper ou de déjeuner.
Ce soir-là, il n’avait pas faim et il était pressé.
Malgré tout, il demeura quelques minutes dans l’ombre au bord du petit lac.
Les castors avaient commencé leur travail nocturne.
Muskwa ne tarda pas à comprendre ce que signifiaient les sillages brillants qui sillonnaient l’eau.
Au sommet de ces triangles d’argent apparaissait toujours une petite tête plate.
Et il se rendit compte que la plupart de ces têtes partaient du fond lointain du lac et se dirigeaient vers une longue barrière qui arrêtait l’eau à une centaine de mètres vers l’Est.
Cette barrière particulière était inconnue de Tyr, qui, avec sa connaissance plus approfondie des castors, se rendait compte que les petits ingénieurs élargissaient leur domaine en construisant une nouvelle digue.