Muskwa, niché au chaud contre Tyr, ne tarda pas à s’endormir. Pendant de longues heures Tyr veilla seul. Il sommeillait de temps en temps, mais le désir qui était en lui l’empêchait de reposer vraiment.

La pluie cessa peu après minuit, mais il faisait très sombre, le ruisseau avait débordé, et Tyr préféra demeurer sous son roc. Muskwa dormit délicieusement.

Au jour levant, Tyr, qui s’étirait, le réveilla.

Il suivit le grizzly hors de leur abri provisoire.

Il se sentait infiniment mieux que la veille, quoique les plantes de ses pieds lui fissent toujours mal et que ses articulations fussent raides.

Tyr se remit à suivre le ruisseau. Sur les deux rives, l’herbe poussait luxuriante, et les lis sauvages abondaient. Tyr en aimait les bulbes sucrés, et il eût passé quelques heures à s’en régaler, s’il n’avait pas été tellement pressé de rejoindre son Iskwao.

Semblable à plus d’un amoureux à la raie médiane impeccable, Tyr aimait bien quand il aimait. Ce qui n’était, au demeurant, qu’une semaine ou deux par année. Il ne mangeait plus que pour vivre au lieu de vivre pour manger, selon sa constante habitude. Aussi l’estomac de Muskwa criait-il famine lorsque Tyr se décida finalement à leur procurer un repas.

Vers la fin de l’après-midi, ils arrivèrent à une mare tellement séduisante que Tyr n’eut pas le courage de poursuivre.

Elle n’avait guère plus d’une douzaine de pieds de large et fourmillait de truites.

Les poissons n’avaient pas réussi à atteindre le lac Supérieur et ils avaient attendu trop longtemps après la saison des pluies pour regagner les eaux profondes de la Badine et de la Skeena.