Pendant un peu plus d’une heure, les étoiles continuèrent à scintiller dans toute leur splendeur. Tyr poursuivait sans s’arrêter ; Muskwa boitait des quatre pattes.
Puis une rumeur naquit dans l’Ouest, se fit grondement, devint plus forte. Tyr, mal à l’aise, flaira l’air. Des lueurs livides déchirèrent le linceul noir qui s’étendait au-dessus d’eux comme un rideau.
Une furieuse rafale sembla éteindre les dernières des étoiles, et puis la pluie dégringola.
Tyr avait trouvé un rocher qui formait auvent et il alla s’y abriter avec Muskwa avant que le déluge ne s’abattît.
Pendant de longues minutes, ce fut plutôt une inondation qu’une averse, et en une demi-heure à peine le ruisselet devint torrent.
Les éclairs et le grondement du tonnerre terrifièrent Muskwa.
Tantôt il apercevait Tyr à la lueur aveuglante de la foudre, et l’instant d’après tout était d’un noir de poix. On eût dit que les sommets des montagnes s’écroulaient dans la vallée ; la terre tremblait.
L’ourson se serra contre Tyr, se glissa entre ses pattes de devant, s’enfouit à moitié dans les longs poils de la poitrine du grand grizzly.
Tyr ne s’inquiétait pas beaucoup de ces convulsions bruyantes de la nature. Il ne se souciait que d’une chose : rester au sec. Lorsqu’il se baignait, il aimait sentir en sortant de l’eau la chaude caresse du soleil et pouvoir s’étendre ensuite sur un rocher bien plat et bien tiède.
Pendant longtemps après le premier déluge, la pluie continua de tomber avec un tap-tap-tap-tap monotone.