A chaque instant, Muskwa espérait que Tyr allait s’arrêter.
Son somme de l’après-midi n’avait pas suffi à défatiguer ses pattes ni à atténuer le lancinement de ses plantes.
Il en avait assez, et plus qu’assez, et s’il avait pu n’en faire qu’à sa tête, il n’aurait plus bougé de tout un mois.
En fait, la marche ne lui eût pas été tellement pénible ; mais il lui fallait trotter constamment pour conserver la même allure que Tyr.
Figurez-vous un gros bébé de quatre ans, pendu désespérément au pouce d’un adulte marchant très vite.
Et encore Muskwa n’avait pas de pouce à quoi se cramponner. Les plantes de ses pieds étaient à vif, le bout de son nez égratigné par le contact avec les buissons épineux et l’herbe tranchante des bords des marais.
Et cependant il continuait avec l’énergie du désespoir. Enfin, le sable et le gravier succédèrent aux marécages et il lui devint moins pénible d’avancer.
Les étoiles scintillaient maintenant par myriades, claires et brillantes.
Il était évident que Tyr s’était décidé à kuppatipsk pimootao, c’est-à-dire à voyager toute la nuit.
On se demande ce qu’il serait advenu de Muskwa si les Esprits du Tonnerre, de la Pluie et de la Foudre ne s’étaient concertés pour lui accorder quelque repos !