Jusqu’à midi, les trois chasseurs travaillèrent à creuser devant la porte une tranchée. Mais la tempête reprit, dans l’après-midi, interrompant leur besogne et la rendant inutile. Il n’y eut ainsi, pendant trois jours, que d’intermittentes accalmies.

Avec l’aurore du quatrième jour, tout s’apaisa, le ciel s’éclaircit et le soleil apparut.

Tellement aveuglant fut son éclat, que Rod, comme tous ceux qui ne sont point accoutumés au Wilderness, en put craindre une ophtalmie. Les cristaux de neige scintillaient comme autant de points électriques, lui brûlant douloureusement les prunelles.

Tandis qu’il s’aguerrissait, en compagnie de Wabi, Mukoki, le second jour, quitta la cabane, pour se mettre en quête de la première cascade. Rod lui avait indiqué l’étroite fissure, qui permettait de parvenir sans peine au fond du ravin.

Les deux boys, durant ce temps, s’occupèrent de repérer les pièges et de les déterrer. C’était un travail ardu et la perte était, en moyenne, d’un piège sur quatre.

Deux journées y furent employées et, lorsqu’à la fin de la deuxième, Wabi et Rod s’en revinrent à la cabane, à l’heure du crépuscule, ils comptaient bien retrouver Mukoki les attendant.

Mais le vieil Indien n’était pas de retour. Une journée encore passa, puis une autre, qui était la quatrième depuis son départ. En quatre jours, Mukoki pouvait parcourir près de cent milles. Rien ne lui était-il arrivé ? Rod songea plusieurs fois aux Woongas, embusqués peut-être dans le ravin. Mais, comme de coutume, il garda pour lui ses réflexions.

Quoique le rendement des pièges, depuis quatre soirs, eût été excellent (le manque de nourriture rendait les animaux moins défiants et un loup, deux lynx, un renard rouge, huit visons avaient été capturés), les deux boys ne quittèrent pas la cabane, de tout le jour. Une angoisse leur serrait le cœur, en songeant à Mukoki.

Leur crainte était vaine. A la tombée du jour, ils aperçurent une forme qui apparaissait de l’autre côté du lac, sur le sommet de la colline. C’était Mukoki. Ils lui envoyèrent leur joyeux salut et, sans prendre même le temps de chausser leurs raquettes, ils coururent à sa rencontre. Quelques minutes après, tout le monde était réuni.

Le vieil Indien souriait, d’un air bonhomme, et à l’ardeur interrogatrice des yeux des deux boys il répondit :