— Et maintenant, dit Wabi, nous allons rire ! Rod, êtes-vous de la partie ? »

En parlant ainsi, il avait rampé à travers la fenêtre, dans la cavité neigeuse, et tentait de se hisser dehors. Une nouvelle masse de neige céda brusquement, laquelle tomba en plein sur Rod qui suivait.

Rod en fléchit les genoux. Il se débattit, pour se dégager, et ne put retenir un cri. Wabi, qui était arrivé à l’air libre se pencha sur le trou et se mit à s’esclaffer. Son ami était tout à fait grotesque, avec ses yeux clignotants, ses oreilles et sa bouche pleines de neige, et ses habits enfarinés.

« Hum ! Hum ! Hum ! » lui cria Wabi, qui en riait aux larmes.

Rod, cependant, s’était secoué et, en se tortillant de droite et de gauche, comme un poisson, il s’était remis à grimper. Wabi lui saisit les bras et le tira dehors. Mukoki suivit ensuite.

Profitant d’une accalmie dans la tempête, les trois compagnons s’avancèrent dans la neige molle. En se retournant, ils virent le monticule que formait la cabane et d’où pointait un bout de cheminée fumante.

Rod fut stupéfait du spectacle qui se déroulait autour de lui. La neige avait tout nivelé. Les menus plis du sol avaient disparu. Plus un rocher n’émergeait. Seuls, les arbres, entièrement emmitouflés d’une blanche carapace, bosselaient encore, çà et là, l’immensité blanche.

Il en fut comme anéanti. Maintenant seulement le Grand Désert Blanc lui apparaissait. Qu’allaient-ils devenir désormais ? Où trouveraient-ils même une bête à tuer et à manger ?

Lorsque le trio eut réintégré la cabane, Wabi rassura son camarade.

« Dans toute la zone, dit-il, où sévit la tempête, vous ne trouveriez pas, à cette heure, une seule créature en train de circuler. Tous les élans, tous les rennes, tous les caribous, les renards et les loups sont ensevelis sous la neige. Et, plus la neige est épaisse sur eux, plus ils auront chaud et s’en trouveront bien. C’est une aimable pensée qu’a eue là le Créateur de faire, pour eux, naître le bien de l’excès du mal. Dès que cette crise atmosphérique aura cessé, le Wilderness s’éveillera à nouveau à la vie. L’élan, le renne et le caribou se lèveront de leur lit de neige et recommenceront à grignoter les branches des sapins. Une croûte dure se formera sur la neige molle et, comme les renards, les lynx et les loups, les plus petites bestioles se remettront à trottiner et à se dévorer entre elles. Si les derniers torrents sont congelés, tous ces animaux lècheront la glace ou mangeront de la neige, en guise d’eau. Dans la neige encore ils se creuseront, avec leurs pattes, de chaudes cavernes, qui remplaceront pour eux la mousse estivale des bas-fonds, l’abri des buissons et des feuilles mortes. Enfin, les gros quadrupèdes, élans, rennes et caribous, en piétinant et en tassant sous leurs sabots de grandes surfaces de neige, s’établiront à eux-mêmes des sortes de corrals, où ils se rassembleront en grands troupeaux et se battront de compagnie contre les loups, en attendant le printemps. Croyez-moi, Rod, la vie pour toutes ces bêtes ne sera pas si mauvaise que vous le pensez. »