« En voilà pour une semaine, après cela, à déterrer nos pièges, déclara Wabi. Mais le Grand Esprit, qu’adore Mukoki et qui envoie à son pays toutes sortes de bénédictions (celle-ci en est une), sait seul quand cessera la tourmente. Elle peut durer une semaine. Ce n’est pas l’occasion d’aller chercher notre cascade !
— Il nous reste la ressource de jouer aux dominos, suggéra Rod, dont le front s’était rasséréné. Je me souviens justement d’une certaine partie que nous avons laissée en plan à Wabinosh-House et que nous n’aurons qu’à reprendre. Mais croyez-vous sincèrement qu’il n’a pas neigé suffisamment, hier après-midi et cette nuit, pour recouvrir cette cabane ?
— Ce serait déjà fait, expliqua Wabi, si la cabane ne se trouvait, avec le lac qui lui fait face, dans une dépression du terrain, ouverte à ses deux bouts, et où souffle un courant d’air perpétuel qui empêche la neige de s’accumuler. Mais si l’avalanche continue, nous serons, dès ce soir, sous une petite montagne.
— Et nous ne serons point étouffés là-dessous ? » balbutia Rod.
Wabi se prit à rire joyeusement, devant la naïve frayeur du jeune citadin, et une salve de gloussements de Mukoki, en train de découper des tranches de caribou, lui fit écho.
« Neige, très bonne chose vivre dessous ! » affirma sentencieusement le vieil Indien.
Et Wabi donna des explications plus circonstanciées.
« Fussiez-vous, Rod, sous une véritable montagne de neige qu’il vous serait possible de vivre. A moins, bien entendu, que vous ne fussiez écrasé sous son poids. La neige est amalgamée d’air respirable. Mukoki a été pris, une fois, sous un éboulement de neige et il y est demeuré enseveli, sous trente pieds d’épaisseur, dix heures durant. Il avait là un nid du calibre d’un simple tonneau. Et, quand nous l’avons délivré, nous l’avons trouvé aussi calme et à son aise que s’il eût été dans son lit. La neige a un autre avantage ; c’est de tenir chaud. Nous n’allons plus avoir besoin de brûler beaucoup de bois. »
Après le déjeuner, les deux boys rouvrirent le volet et Wabi fit, avec sa pelle, dégringoler peu à peu la neige qui obstruait la fenêtre. A la troisième ou quatrième pelletée, un gros bloc céda tout d’un coup et, par cette cheminée artificielle, la clarté du jour apparut. Les deux boys avaient de la neige jusqu’à la taille. En levant les yeux, ils virent la tempête tourbillonner toujours dans le ciel.
« La neige arrive à hauteur du toit… dit Rod, qui continuait à n’être qu’à moitié rassuré. Dieu bon, quelle tourmente !