La piste se relevait sur une petite colline. En approchant du faîte, Mukoki, et Rod après lui, se courbèrent sur leurs raquettes et se mirent presque à ramper, le fusil à l’épaule.
Arrivés au sommet, ils virent… et en dépit du silence que lui avait prescrit Mukoki, Rod ne put retenir une exclamation arrachée à ses lèvres par l’effroi… ils virent, sur la pente de la colline qui s’éployait devant eux, les bandits Woongas marchant à la file, avec Wabi, les mains liées derrière le dos, qui suivait le chef de la troupe. Ce n’était pas tout. A un mille au delà montait la fumée d’un feu de campement, autour duquel on distinguait une vingtaine de formes allant et venant. C’était là, sans nul doute, le gros de l’expédition, qui attendait le retour des ravisseurs.
La situation était terrible. Comment affronter, à deux, des ennemis dont la supériorité numérique était telle ? D’autre part, laisser Wabi prisonnier… Comment y songer une minute ? Le sort qui lui était réservé se devinait trop facilement.
Rod se perdait dans ces pensées. Mais déjà Mukoki avait arrêté son plan.
Décrivant, suivi de Rod, et à une allure vertigineuse, un mouvement tournant, le vieil Indien s’était résolu à attaquer de flanc, tout d’abord, les quatre Woongas qui emmenaient Wabi. Moins de dix minutes après, les deux compagnons, qui avaient réussi à se dissimuler dans des touffes de sapins, se trouvaient embusqués sur la piste suivie par l’ennemi, qu’ils avaient réussi à gagner en vitesse.
Un éclair de joie passa sur la face cuivrée de Mukoki.
« Les voici ! » murmura-t-il à Rod.
Les Woongas approchaient, inconscients du péril. Mukoki posa sa main crispée sur le bras de Rod.
« Vous, dit-il, point trembler. Point manquer. Vous tirer premier homme, chef, devant Wabi. Moi prendre les autres.
— C’est compris, Muki ! Celui que tu me désignes, je l’abattrai raide, d’un seul coup. »