Le feu joyeux commença à flamber. Dans la minuscule casserole qui était jointe au paquet, Rod ramassa un peu de neige et, lorsque l’eau qu’elle produisit fut bouillante, il y jeta son café, dont le fumet ne tarda pas à embaumer l’air.

Mukoki avança la tasse qui pendait à sa ceinture et absorba lentement la boisson bienfaisante. Deux autres fois, l’opération se répéta, et les deux boys imitèrent Mukoki. Chacun d’eux mangea ensuite un biscuit et le vieil Indien fut amicalement contraint d’accepter double part. La souffrance qui était empreinte sur ses traits commença à se détendre.

Les fourrures furent ensuite déballées et servirent à aménager pour la nuit, dans une anfractuosité du rocher, deux lits chauds et moelleux. L’un d’eux était réservé à Mukoki ; l’autre servirait à Rod et à Wabi qui, alternativement, se reposeraient et monteraient la garde.

« A propos, demanda Rod, où est Loup ? »

Wabi se mit à rire.

« Retourné vers les siens ! Il hurlera ce soir, dans le Wilderness, à l’unisson de ses frères de race. Vieux bon Loup ! »

Le rire fit place, chez Wabi, à un geste de regret, et une tristesse émue passa dans sa voix.

« Il s’est laissé surprendre comme moi-même, dit-il. Les Woongas sont arrivés sans bruit, à contre-vent, derrière la cabane. Son flair n’a pu l’avertir. Moi-même, je ne les ai vus qu’à l’instant où ils allaient s’élancer sur moi. Je me trouvais à côté de lui, en train de lier des fagots. Rapidement, j’ai coupé avec mon couteau la lanière qui l’attachait.

— A-t-il combattu ?

— Pendant une minute ou deux. Mais un des bandits ayant tiré sur lui un coup de fusil, qu’il esquiva d’ailleurs, il fila dans les bois. »