La vue de Wabi, qui arrivait indemne, leur fut un réconfort. Un dernier effort les amena au ravin.
Comme ils allaient s’engouffrer tous trois dans l’étroite fissure, qui leur serait un sûr abri, une volée de balles siffla à leurs oreilles. Les Woongas, qui avaient repris la poursuite, les avaient rejoints. Il était temps !
Mais déjà les trois amis s’étaient postés chacun, le fusil à l’épaule, derrière un pan de rocher, dans l’étroit couloir. Ivres de fureur, et oubliant toute prudence, les Woongas se précipitèrent, tête baissée, dans la souricière qui leur était tendue. « Pan ! pan ! pan ! — Pan ! pan ! pan ! — Pan ! pan ! pan ! » A chacun des coups d’une triple décharge, un d’eux tomba, foudroyé à bout portant. Le reste, singulièrement diminué, reflua en arrière.
« J’ai comme une idée, dit Wabi, qu’ils ne recommenceront pas de sitôt à tenter l’aventure. »
Des six hommes abattus, deux remuaient encore. Ils furent achevés à coups de revolver.
Le sang de Mukoki avait cessé de couler, mais la faiblesse du vieil Indien était si grande qu’il faillit s’évanouir.
« Il faudrait, dit Rod, lui faire prendre quelque chose de chaud. Cela le ravigoterait. »
Et, tandis que Wabi montait la garde, il ramassa des brindilles de bois mort, entraînées, au printemps dernier, par la fonte des neiges, dans le couloir rocheux. Il en forma un petit feu.
Puis il déballa le menu paquet de provisions qu’il avait, au début de cette tragique journée, emporté avec lui, comme de coutume.
« Ce sont là, dit-il, toutes nos ressources. Deux poignées de café, une pincée de thé, du sel et quelques biscuits. C’est peu pour trois personnes. Mais c’en est assez pour rendre ses forces à Mukoki. Quant aux allumettes, j’en ai toute une boîte ! »