« Hourra ! cria Wabi. On va pouvoir souffler un peu. »
Mais la tache de sang s’élargissait à l’épaule de Mukoki, et Rod, qui s’était remis sur pied, déclara qu’il pouvait marcher, si l’on n’allait pas trop vite.
Le parti de Wabi fut bientôt pris.
« Tous deux, partez devant ! dit-il. Je les tiendrai en respect, quelque temps encore, et je reculerai ensuite, en tiraillant dans les arbres. Si Dieu le veut, je vous rejoindrai au ravin. Votre piste me conduira. Rod, redonnez-moi quelques balles. »
Les secondes étaient précieuses. Mukoki reprit sur son dos le précieux ballot, qu’il ne prétendait pas abandonner, et, tout en clopinant, il se mit en marche, accompagné de Rod, qui n’était guère plus solide sur ses pieds.
Wabi, qui avait fait héroïquement le sacrifice éventuel de sa vie, demeura seul à l’affût.
Mais un flottement inexplicable parut se produire chez les Woongas. La bande, qui s’était réunie hors de la portée des balles, semblait partagée entre deux résolutions opposées. Les uns paraissaient ne point vouloir, à tout prix, laisser échapper leur proie et gesticulaient comme des possédés. Les autres se retournaient dans la direction du campement et, avec des gestes non moins expressifs, manifestaient leur désir de rebrousser chemin. Finalement, ils s’assirent par terre, dans la neige, et un émissaire se détachant du groupe, parut s’en aller chercher des ordres.
Wabi, ne sachant que penser, laissa s’écouler une dizaine de minutes. Après quoi, songeant, tout heureux, que Rod et Mukoki avaient pu, durant ce temps, prendre une avance appréciable, il recula, d’arbre en arbre, puis s’élança à toute vitesse sur la trace de ses deux compagnons.
Ils n’étaient plus qu’à un quart de mille du ravin et de la fissure par où ils comptaient y pénétrer, lorsqu’il les rejoignit.
Mukoki, de plus en plus affaibli par le sang qu’il perdait, fléchissait sous le poids des pelleteries. C’était au tour de Rod à l’encourager de son mieux.