CHAPITRE XVIII
LE RETOUR A WABINOSH-HOUSE
Dès que parut l’aube, les trois compagnons absorbèrent chacun une dernière tasse de café et se partagèrent les trois biscuits qui restaient. Le repos de la nuit avait été favorable à Mukoki, et sa nature de fer reprenait le dessus. Un lapin blanc, qui s’était aventuré dans le couloir rocheux et trottinait paisiblement, fut au passage assommé d’un coup de crosse, par Wabi. Il fut dépouillé encore chaud et fournit à point un rôti réparateur.
Il s’agissait maintenant de sortir du ravin et de regagner Wabinosh-House au plus vite. La suprême bataille allait se livrer avec les Woongas, demeurés sans doute à l’affût.
Rod s’offrit à aller observer ce qui se passait en haut du couloir.
Avec une prudence infinie, le fusil à l’épaule, il monta. Il savait qu’une balle pouvait l’abattre, à l’instant même où il risquerait un pied dehors. Il le fallait pourtant.
Il s’avança d’un pas, puis de deux. Sur la blancheur neigeuse qui bordait la crête du ravin, il n’y avait personne. Les Woongas avaient disparu ! Un reste de feu s’éteignait et, sur une piste différente de celle de la veille, des pas, tournés à l’opposé du ravin, s’en étaient allés.
Roderick revint en hâte prévenir Wabi et Mukoki. Le vieil Indien opina que ce pouvait être une feinte et que les Woongas avaient dû s’embusquer plus loin. Wabi demeura silencieux. Il se souvint du flottement qui s’était, la veille, déjà produit dans la poursuite de leurs ennemis. Qui sait si quelque fait, inconnu d’eux trois, n’était pas intervenu ?
Il était, de toute façon, impossible de demeurer là. Pour plus de sûreté, il fut convenu qu’au lieu de sortir par la même issue, les trois chasseurs gagneraient l’endroit où Rod était, une première fois, descendu dans le ravin.
Le ciel s’était assombri et le vent avait tourné au sud. De gros flocons de neige commençaient à voltiger dans l’air.
« Bon, bon, cela ! dit Mukoki. La neige recouvrir nos pas ! »