Et il rechargea sur son dos le ballot de peaux, qui avaient été ficelées à nouveau.

Ce ne fut pas sans peine que Roderick retrouva la place où la muraille opposée pouvait être escaladée. Rod et Wabi se firent mutuellement, de rocher en rocher, la courte-échelle. Mais plus difficultueusement Mukoki parvint à se hisser, gêné par sa blessure et avec son lourd paquet. La neige tombait toujours et point de Woongas.

C’est le vieil Indien qui fut ensuite promu chef de file. Il s’agissait, en effet, de regagner la factorerie par une piste toute différente de celle suivie au début du voyage, et en décrivant un cercle vers le sud, afin de s’éloigner le plus possible de l’ennemi.

Seul, Mukoki était capable de se lancer ainsi dans l’inconnu. Il semblait posséder ce sixième sens mystérieux, ce sens de l’orientation, instinct presque surnaturel qui, à des centaines de milles de distance, ramène le pigeon voyageur, droit comme une flèche, à son colombier.

Là où tout autre aurait hésité, ou se serait mille fois perdu, l’Indien allait, sans se tromper. A plusieurs reprises, Rod et Wabi lui demandèrent dans quelle direction se trouvait Wabinosh-House et, chaque fois, son bras se tendit, comme si son regard, à travers forêts, monts et plaines, voyait effectivement la factorerie devant lui.

Au bout de quinze milles, on fit halte pour se reposer et un petit feu fut construit près d’une vieille souche. On déjeuna avec les restes du lapin. Puis on se remit en route.

Tout le jour, on marcha ainsi, en terrain difficile. Tantôt il fallait escalader de nombreuses crêtes, tantôt on suivait des bas-fonds, où il était nécessaire de se frayer un chemin à travers des taillis touffus. Lorsque le soleil descendit à l’horizon, on campa pour la nuit, près d’un bois de sapins. La pincée de thé de Rod fut utilisée pour trois tasses et constitua le souper. Aucun gibier n’avait été rencontré.

Le jeune citadin, qui éprouvait des tiraillements d’estomac, n’osait pas se plaindre.

Mukoki parut deviner sa pensée.

« Demain, dit-il, tirer pour le déjeuner perdrix de sapins. »