Le blessé fut aussitôt transporté au campement. Lorsque seulement il fut installé dans des couvertures, sous la hutte de branchages, en face du feu joyeux qui le ranimait, Wabi commença à donner quelques explications au vieil Indien.

« Je crains fort, dit-il, qu’il n’ait un bras cassé. Muki, as-tu de l’eau chaude ?

— Est-ce un coup de fusil qu’il a reçu ? » interrogea Mukoki, sans répondre à la demande qui lui était faite.

Et il s’agenouilla à côté de Rod, ses longs doigts bruns se tendant vers le jeune homme.

« Un coup de fusil ? » répéta-t-il.

Wabi secoua la tête.

« Non ! Un coup de gourdin. Nous avons rencontré trois Indiens qui campaient. Ils nous ont invités à partager leur repas. Tandis que nous mangions, sans défiance, ils nous ont attaqués par derrière. Rod a attrapé ce coup et il a, en outre, perdu son fusil. »

Déjà Mukoki avait déshabillé le boy et l’examinait. Le bras gauche était très enflé et presque noir. Du même côté, un peu au-dessus de la taille, une large meurtrissure était apparente. Le vieux guide était un chirurgien de fortune, mais non sans habileté, comme on en trouve dans le Grand Désert Blanc, où l’on n’a d’autre maître que l’observation de la nature. Il établit son diagnostic en pinçant et pressant la chair, en appuyant sur les os, tant et si bien que Rod se mit à pousser les hauts cris. Mais l’examen avait été favorable.

« Pas d’os brisé ! finit par s’exclamer triomphalement Mukoki. Ici (et il désignait la meurtrissure) la plus grande blessure. Presque une côte cassée. Mais pas tout à fait. Ce coup-là avoir coupé à lui la respiration et rendu lui si malade. A besoin d’un bon souper, de café chaud, et le frotter avec graisse d’ours. Alors lui aller mieux. »

Rod, les yeux encore mi-clos, sourit faiblement et Wabi eut un soupir de soulagement.