Outre son fusil, il chargea sur ses épaules deux pièges à loups et partit pour une heure ou deux. Précautionneusement, il glissa le long du fleuve, les yeux et les oreilles alertés à tout gibier éventuel.
Soudain, il rencontra la carcasse gelée d’un cerf, à demi dévoré. Il était évident que la bête avait été tuée par les loups, ce jour même, ou la nuit précédente. Les traces de pattes, marquées dans la neige, firent conclure à l’Indien que quatre loups avaient pris part au meurtre et au festin. Il ne douta pas, avec sa vieille expérience de chasseur, que les loups ne dussent revenir, la nuit suivante, afin d’achever leur ripaille. Il en profita pour poser ses pièges et les recouvrit de trois ou quatre pouces de neige.
Reprenant son chemin, Mukoki découvrit la trace fraîche d’un renne. Pensant bien que l’animal ne couvrirait pas une bien grande distance dans la neige molle, il se mit à suivre sa piste, le plus rapidement qu’il put. Un demi-mille plus loin, il s’arrêtait brusquement, avec un grognement de surprise infinie. Un autre chasseur s’était, lui aussi, mis sur la piste de la bête !
Avec un redoublement de prudence, Mukoki continua à avancer. Deux cents pieds plus loin, une seconde paire de mocassins s’était jointe à la première et, un peu plus loin, une troisième.
Conduit plutôt par la curiosité que par l’espoir de trouver encore sa part de la proie, l’Indien allait toujours de l’avant, silencieux, parmi les arbres. Comme il sortait d’une pousse compacte de jeunes sapins, il fut régalé d’une nouvelle surprise, en trébuchant presque dans la carcasse du renne qu’il pistait.
Un bref examen lui apprit que l’animal avait été tué, il n’y avait pas plus de deux heures. Les trois chasseurs l’avaient éventré, lui enlevant le cœur et le foie, ainsi que la langue, et avaient sectionné et emporté tout le train de derrière, en laissant là le reste du corps et la peau. Pourquoi s’étaient-ils contentés de cette part minime du butin ?
Mukoki se reprit à examiner, au delà, les empreintes des mocassins. Il constata la hâte visible de pas pressés. Les chasseurs inconnus, après avoir prélevé les morceaux les plus délicats, n’avaient pas voulu s’attarder davantage et étaient repartis en courant.
Second objet d’étonnement, et nouveau grognement de l’Indien qui, revenant à la carcasse, dépouilla rapidement de sa peau le train de devant, y enveloppa le meilleur de la chair restante, et, ainsi chargé, s’en retourna au campement.
Rod et Wabi n’étaient pas encore revenus. Il construisit à loisir un grand feu, installa devant, sur une broche, un morceau de rôti, et attendit. Il attendit longuement et la nuit s’était enténébrée depuis longtemps que les deux boys n’avaient pas encore reparu.
L’anxiété s’était emparée de Mukoki et il commençait à craindre un irréparable malheur, lorsqu’il entendit l’appel de Wabi. Il courut, et trouva celui-ci tenant dans ses bras, comme nous l’avons conté au premier chapitre, Rod presque inanimé.