Cette tentative d’enlèvement, l’héroïque intervention de Roderick, la mort d’un des ravisseurs, causèrent à la factorerie une émotion considérable. Il était évident que Woonga en personne devait rôder aux alentours.
La douzaine de familles blanches, installées à Wabinosh-House, résolut d’organiser des battues à vingt milles à la ronde, ce rayon paraissant suffisant pour assurer la tranquillité future de Minnetaki et des autres jeunes filles. Quatre des plus habiles pisteurs de la colonie eurent pour fonction spéciale de relever les traces des hors-la-loi. Wabi, Rod et une vingtaine d’hommes passèrent des jours entiers à fouiller forêts et marais. Le départ des jeunes chasseurs se trouva, de ce fait, momentanément retardé.
Mais les Woongas avaient disparu aussi vite qu’ils s’étaient montrés. On reparla du départ. Pas avant, toutefois, que Minnetaki n’eût promis à Rod et à Wabi d’être désormais plus prudente et de ne plus s’aventurer seule dans la forêt.
CHAPITRE V
EN CONTACT AVEC LE DÉSERT
Le 4 novembre, un lundi, Rod, Wabi et leur vieux guide Mukoki quittèrent enfin la factorerie et firent face aux aventures qui les attendaient dans le Grand Désert Blanc.
Le froid, maintenant, était devenu plus mordant. Lacs et rivières s’étaient pris profondément et la neige mettait sur le sol son mince premier voile.
Les jeunes chasseurs, qui se trouvaient en retard de deux semaines sur le plan primitif, gagnèrent, à marches forcées, avec leur compagnon, l’extrémité nord du Lac Nipigon et, au bout de six jours, atteignirent le fleuve Ombakika. Là, ils furent arrêtés par une violente tourmente de neige.
Un campement provisoire fut établi. Au cours de cette opération, Mukoki découvrit les premières traces de loups. Alors on décida de rester à cette place, un jour ou deux, afin de tâter le terrain.
Au cours du second jour, Rod et Wabi se séparant de Mukoki, résolurent d’entreprendre, jusqu’à la nuit, une grande tournée, pour explorer le pays un peu loin et à loisir, avant les grosses chutes de neige.
Le vieil Indien demeura seul au campement. Depuis six jours, nous l’avons dit, la petite troupe avait marché sans arrêt et sa seule nourriture avait été du lard fumé et de la venaison en conserve. Mukoki, dont le prodigieux appétit n’avait d’égal que l’habileté qu’il savait déployer pour le satisfaire, résolut d’améliorer le garde-manger, s’il était possible, en l’absence de ses amis.