« Fausse alerte ! dit-il en riant gaiement. C’est la première carcasse, rencontrée hier par Muki, qui a, comme il le supposait, ramené à la curée un certain nombre de loups. Loup a senti ses frères et de là vient son émoi. Les pièges posés par Muki nous fourniront, sans doute, notre premier scalp.
— Et où est Muki ?
— Pour plus de sécurité, il monte la garde, dehors, et le fera jusqu’à minuit. Ensuite j’irai le relayer. Il faut se défier des Woongas. »
Rod se retourna, non sans efforts, sur sa couche.
« Et demain ? interrogea-t-il.
— Demain, nous nous en irons ailleurs, cher ami. Si du moins vous êtes en état de voyager… Pendant deux ou trois jours encore nous remonterons le cours de l’Ombakika, et seulement alors nous établirons un campement un peu moins provisoire. Vous pourrez, dès le point du jour, vous mettre en marche dans cette direction, avec Muki.
— Et vous ? fit Rod alarmé.
— Oh ! moi, je reviendrai d’abord en arrière et j’irai ramasser les scalps des loups que nous avons tués. Il y a là pour un mois de vos appointements ! Maintenant, tournons-nous dans nos lits. Bonne nuit, Rod, et dormez à poings fermés ! Il faudra, demain, vous éveiller de bonne heure. »
Les deux boys, épuisés par les événements de cette longue et dramatique journée, ne tardèrent pas à s’endormir profondément. Et, lorsque minuit sonna, le fidèle Mukoki se garda bien d’éveiller Wabi, pour qu’il vînt prendre son tour de garde. Il laissa les heures succéder aux heures et ne se départit point un instant de sa surveillance. Puis, aux premières lueurs du jour, il attisa la flamme du foyer, jusqu’à ce qu’elle fût ranimée, et, recueillant les braises ardentes, il se mit en devoir de préparer le déjeuner.
Wabi, lorsqu’il s’éveilla, le surprit accroupi dans cette opération.